Mobilité
Voilà le tram!

Le réseau vaudois change d’échelle: zoom sur le RER VAUD

Le réseau vaudois de transports publics est en évolution constante. Si le Réseau express régional (RER Vaud) en forme la colonne vertébrale, son développement dépend d’un équilibre subtil entre gares, cadences, matériel roulant, transports publics régionaux, grands chantiers et besoins quotidiens des voyageurs et des voyageuses.
ARC Jean-Bernard Sieber

Neuf lignes, 80 gares: le RER Vaud transporte aujourd’hui environ 75'000 personnes par jour.

ARC Jean-Bernard Sieber

Dans le canton de Vaud, la mobilité s’articule d’abord autour de la carte ferroviaire, remarque Jean-Charles Lagniaz, chef de division à la Direction générale de la mobilité et des routes. Les grandes lignes du pied du Jura, du plateau, du Simplon ou de la Broye convergent vers Lausanne, tandis que les RegioExpress, le Léman Express, les lignes régionales et les bus tissent un maillage de plus en plus dense: «Au centre de cette organisation, le RER Vaud joue un rôle structurant et constitue la colonne vertébrale des transports régionaux». Avec ses neuf lignes, ses quelque 80 gares et ses cadences variables selon les secteurs, le RER Vaud transporte aujourd’hui environ 75'000 voyageurs par jour. 

La pièce maîtresse d’un système bien huilé
Il ne fonctionne toutefois pas seul. Autour de lui, près de 120 lignes de bus assurent la desserte fine du territoire. «Le train ne peut pas être pensé isolément, il faut réfléchir en termes de réseaux, résume en substance Jean-Charles Lagniaz. L’enjeu consiste à rendre l’ensemble lisible, pratique et suffisamment attractif pour que l’alternative à la voiture soit crédible.»

Cette politique s’inscrit dans un objectif de report modal. Dans le canton, le transport individuel motorisé représente environ un tiers des émissions de CO2. «Mais le changement d’habitudes ne se commande pas, souligne Jean-Charles Lagniaz. Il suppose une offre régulière, des correspondances fiables, des gares accessibles et un système tarifaire simple. Le titre de transport valable dans une zone et pour une durée déterminée, quel que soit le mode utilisé, participe de cette logique.»

18 millions de voyageurs en plus
Depuis 20 ans, la montée en puissance du réseau régional est spectaculaire. Il s’est structuré dans le sillage de Rail 2000. 

Entre 2005 et 2024, la demande a triplé : plus de 25 millions de voyageurs embarqués en 2023, contre 7 millions en 2004. Une évolution que Jean-Charles Lagniaz juge « réjouissante », même si elle fait naître de nouveaux besoins.

Car, dans le domaine ferroviaire, l’amélioration d’une offre ne se résume jamais à modifier un horaire. «C’est un peu le principe des poupées russes… Allonger un train peut obliger à allonger un quai, ce qui impose de l’élargir, ce qui implique ensuite de déplacer des signaux, d’adapter les accès et une partie du bâti environnant… La gare de Lausanne en constitue un exemple éloquent.»

Une question de temps 
La capitale vaudoise reste d’ailleurs «le cœur du réacteur». Au centre de l’agglomération, l’objectif est d’offrir un train tous les quarts d’heure. Mais Jean-Charles Lagniaz nuance: «On en a bien quatre par heure, mais ils ne sont pas aussi idéalement répartis. Lorsque les travaux de la gare de Lausanne seront achevés, on pourra mettre en place ce quart d’heure quasi parfait.»

La demi-heure sur l’ensemble du réseau reste également un objectif, mais pas une promesse immédiate. Jean-Charles Lagniaz rappelle que les infrastructures ne permettent pas encore de le faire partout et que la fréquentation doit aussi le justifier. Entre Morges et Lausanne ou du côté de la Riviera, les marges de progression existent, mais elles supposent des travaux lourds.

Dynamique nouvelle dans l’Ouest lausannois
Dans ce contexte, Renens prend une place croissante dans l’équilibre du réseau. L’arrêt de trains grandes lignes contribue, selon M. Lagniaz, «à mieux répartir les flux de voyageurs». L’effet est déjà sensible: «Cela décharge la gare de Lausanne tout en renforçant le rôle de Renens comme hub ferroviaire régional». L’arrivée du tramway renforcera encore cette dynamique dans l’Ouest lausannois, territoire où se concentrent emplois, services et nouveaux quartiers.

À plus long terme, la croissance imposera d’autres réponses. Le Canton envisage le remplacement progressif de rames à un niveau par du matériel à deux niveaux, puis l’allongement de certains trains lorsque les gares le permettront. «On aura besoin de trains plus capacitaires, résume Jean-Charles Lagniaz. Le réseau vaudois avance donc par étapes. Il s’agit d’une construction méthodique, patiente et technique, mais essentielle pour faire des transports publics un choix évident au quotidien.»