Plateforme 10
Quartier des arts, acte 1

«En termes d’architecture, c’est l’anti-Bilbao»

Un long rectangle pour le MCBA, un cube pour le mudac et l’Élysée. Mais les deux bâtiments sont remarquables de justesse.
Mathieu Gafsou

Les sols des salles d’exposition du MCBA sont en chêne clair. Les murs en couleur, blancs ou gris clair, selon les époques des œuvres exposées.

Mathieu Gafsou

ARC Jean-Bernard Sieber

L’architecte cantonal Emmanuel Ventura: «Le MCBA s’intègre parfaitement dans la ville.»

ARC Jean-Bernard Sieber

ARC Jean-Bernard Sieber

Pour le MCBA, ce déménagement est une révolution: il dispose de 2,7 fois plus de surface d’exposition qu’au Palais de Rumine.

ARC Jean-Bernard Sieber

Mathieu Gafsou
ARC Jean-Bernard Sieber
ARC Jean-Bernard Sieber

Emmanuel Ventura, l’architecte cantonal, ne faisait pas partie du jury du concours d’architectes en vue de la création du nouveau Musée des Beaux-arts. Il aurait bien aimé. Parce qu’il a fait, estime-t-il, «un choix extrêmement fort et courageux. C’est la juste réponse à la question d’un musée à Lausanne, à côté de la gare.» 
En quoi un grand bâtiment rectangulaire et grisâtre est-il un choix fort et courageux? «Parce qu’on est encore dans les années Bilbao. On pense encore qu’on peut faire venir du monde dans une ville en y parachutant une œuvre solitaire, hirsute, qu’on impose à une population qui n’a rien demandé. Les gens vont à Bilbao voir le musée Guggenheim de Frank Gehri parce que c’est une fleur qui explose au milieu d’une ville industrielle. EasyJet en fait une destination. À Paris, à Londres, à Berlin, on a aussi fait ce pari d’une architecture sans lien avec ce qui l’entoure. Je considère que ce projet est très fort parce qu’au contraire, il s’intègre parfaitement dans la ville. En termes d’architecture, c’est l’anti-­Bilbao.» 
Le long des voies de chemin de fer, poursuit-il, il fallait respecter certaines distances, on ne pouvait pas tout se permettre. «On est dans la finesse, dans le lien avec le passé et le voisinage ferroviaire. La nef, côté sud, est d’origine, de 1911. Le panneau Lausanne, près de l’entrée du musée, date de 1911 et reste émaillé d’époque. Sur le sol, on a gardé les rails d’origine, et à l’entrée, la plaque tournante pour les locomotives. Le bâtiment lui-même peut vous sembler grisâtre, mais il n’est pas tout à fait gris, il a la couleur de la molasse lausannoise. De l’extérieur, il paraît très fermé, mais un musée doit soigner ses lumières, il n’aimera pas les baies vitrées. Les architectes ont eu raison de le fermer au sud et de prévoir des ouvertures lumineuses au nord, du côté de la ville. D’autant plus que la lumière du nord, c’est la lumière des peintres. Tous ces détails me font penser que c’est une vraie réussite.» 
Il est vrai qu’en visitant le bâtiment encore vide, conçu par les architectes ­Fabrizio Barozzi et Alberto Veiga, on est surpris de ses belles ouvertures côté ville. Elles sont peu visibles de l’extérieur, parce qu’en partie cachées entre des lamelles de briques. Et au sud, on a quand même, en haut des escaliers, une vue panoramique, on aimerait dire à la Hodler, sur le lac et les Alpes. Avec au premier plan des trains qui passent ou sont parqués à quelques mètres. 

Grandeur et sobriété
La réussite de ce musée, c’est surtout à l’intérieur qu’on la comprend. Non seulement par ses vastes espaces, mais par ses sols, ses murs : tout est manifestement bien pensé. Les matériaux choisis sont simples et peu chers, sauf les portes en noyer, c’est « notre seul petit luxe », confesse le directeur du MCBA, Bernard Fibicher. D’autres musées similaires en Suisse, souligne-t-il, coûtent le double au mètre cube. À l’entrée, le sol est en terrazo gris, dans les salles d’exposition en chêne clair. Si les murs de la première salle d’exposition sont en couleur, c’est parce qu’elle est consacrée au 18e siècle, pendant lequel on n’utilisait pas de murs blancs. Dans les salles suivantes, ils sont blancs ou gris clair. Le tout donne une impression de justesse, de grandeur dans la sobriété. C’est sans doute ce qui a suscité l’enthousiasme des 21'000 visiteurs du bâtiment, en avril.
Oui, reconnaît Emmanuel Ventura, ce rectangle terne qu’on aperçoit depuis la place de la gare, c’est «pour le moment pas terrible». Il est convaincu que les aménagements extérieurs vont agrémenter la vue dès cet automne. Et surtout, il est convaincu que le concours qui sera bientôt lancé pour aménager la portion de terrain à l’entrée du site permettra, d’ici quelques années, de rendre la perspective différente.
Visuellement, c’est le deuxième bâtiment qui laissera sans doute l‘impression la plus forte de l’extérieur. Le bâtiment qui accueillera en 2021 le mudac et le musée de l’Élysée, conçu par le bureau d’architectes portugais Aires Mateus, sera aussi en lignes droites, plus en forme de cube, mais il sera doté d’une étonnante faille sur presque toute sa largeur, presque horizontale, en léger V comme des ailes légèrement relevées. De quoi s’émerveiller en se demandant comment ça tient. C’est là que seront accueillis les visiteurs, là qu’ils trouveront la billetterie, la librairie, la boutique, la cafétéria, dans un prolongement de l’esplanade du quartier. Ce sera à la fois un symbole de la dualité du lieu, séparant le musée du haut de celui du bas, et un appel aux curieux. 

LES AUTRES OCCUPANTS DU BÂTIMENT MCBA

La Fondation Félix Vallotton, constituée en 1998, est le centre de documentation et de recherches sur la vie et l’œuvre du peintre, graveur, illustrateur et écrivain franco-suisse Félix ­Vallotton (1865-1925). La plus grande collection au monde d’œuvres de l’artiste étant au MCBA, les deux institutions forment ainsi un pôle de compétence sans équivalent. 
La Fondation Toms Pauli vise à étudier, conserver et mettre en valeur des collections d’art textile ancien et moderne, propriétés de l’État de Vaud. Son patrimoine est notamment constitué de tapisseries et de broderies européennes du 16e au 19e siècle, léguées par Mary Toms en 1993. Elle pourra organiser des expositions temporaires dans les salles du MCBA.